La Phiale d’Aphrodite
Un sort tiré des Papyrus Grecs Magiques
Les Papyrus Grecs Magiques
Les Papyri Graecae Magicae constituent un ensemble de papyrus magiques grecs découverts en Égypte et réunis au 19ème siècle par des érudits européens. Chaque papyrus contient une compilation de rituels, de formules et d’incantations. On considère qu’ils ont été rédigés entre le 2ème siècle avant notre ère et le 5ème siècle de notre ère. Ces textes témoignent d’une magie orientée vers les besoins essentiels des individus : amour, protection, réussite, guérison, révélation en rêve, etc. La magie présentée dans ces papyrus est née dans le creuset de la culture hellénistique. On y trouve des influences multiples : égyptiennes et grecques, mais aussi hébraïques et proche-orientales. C’est dans ces papyrus que l’on rencontre fréquemment des voces magicae, suites de sons ou de noms mystérieux destinés à produire un effet sonore distinct du langage ordinaire et à marquer la présence du sacré. Parmi les plus célèbres figurent ABRAXAS, très répandu dans les papyrus et la formule attestée dans l’Antiquité tardive ABRACADABRA.
Le sort
Le pratiquant doit tout d’abord rester pur pendant sept jours. Cela peut être différentes choses : l’abstinence sexuelle, éviter les contacts avec la mort, un régime alimentaire sobre ou sans viande, parfois des bains rituels. Le pratiquant doit ensuite se procurer un ustensile particulier appelé une phiale.
La phiale est une coupe peu profonde et sans anses. Elle était utilisée principalement en Grèce et à Rome pour des rituels ou des libations. Elle peut être en métal précieux ou bien en céramique. Dans le texte, on précise que la phiale est blanche. Elle est sans doute en céramique avec un enduit blanc. Le pratiquant doit inscrire des textes à plusieurs endroits sur la phiale. Pour cela, il a besoin d’encre de myrrhe. Dans un autre papyrus, on trouve une recette pour fabriquer de l’encre de myrrhe. Les textes sont à inscrire dans le fond intérieur, dans le fond extérieur et sur le bord extérieur de la coupe. Les textes sont incompréhensibles:
Inscription du fond intérieur : ÊIOCH CHIPHA ELAMPSÊR ZÊL A E Ê I O Y Ô
Inscription du fond extérieur : TACHIÊL CHTHONIÊ DRAXÔ
Inscription du bord extérieur : IERMI PHILÔ 6 ERIKÔMA DERKÔ MALÔK GAULÊ APHRIÊL
Ces trois inscriptions relèvent typiquement du registre des voces magicae propres aux Papyrus Magiques Grecs. Elles ne constituent pas des énoncés syntaxiquement cohérents en grec classique, mais des séquences performatives combinant éléments grecs intelligibles, noms sémitisants en -el, et séries vocaliques. Le pratiquant doit appliquer de la cire sur le second texte, non pas pour le protéger, mais pour le sceller. Il doit également lire à haute voix le troisième texte.

Passons au rituel proprement dit. Le pratiquant doit verser de l’eau et de l’huile d’olive dans la phiale. Il doit ensuite la poser sur le sol et la regarder intensément en prononçant une formule : « J’en appelle à toi, la mère et la maîtresse des nymphes, ILAOUCH OBRIÊ LOUCH TLOR ; viens sainte lumière, et donne-moi une réponse, me montrant ta charmante forme ». La déesse est censée apparaître et révéler des informations sur le thème souhaité par le pratiquant.
Il s’agit typiquement ici d’un rituel de lécanomancie, c’est-à-dire une technique divinatoire consistant à observer des liquides dans un récipient pour en obtenir vision divinatoire. L’eau peut être pure ou mêlée à d’autres substances, comme l’huile, l’encre. Il est possible de mêler différents liquides, comme c’est le cas dans la Phiale d’Aphrodite. Dans certaines variantes, on immerge des inscriptions, soit en les inscrivant directement sur le vase, comme dans notre exemple, ou bien en immergeant des lamelles d’or ou de plomb.